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« Celles qui ne dorment pas », Dolores Redondo

Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon, Gallimard, « Série noire », mars 2026, 592 p., 21 €

Après sa célèbre « Trilogie du Baztan », la reine du polar espagnol est de retour avec une héroïne énergique : Nash Elizondo, psychologue médico-légale qui étudie parallèlement les sources anthropologiques des légendes ancestrales, comme la figure de la sorcière. C’est justement au cours de fouilles scientifiques dans un gouffre de la vallée du Baztan (région septentrionale de l’Espagne chère à l’autrice), que Nash et son groupe de chercheurs spéléologues découvrent par hasard le cadavre d’une adolescente disparue trois ans auparavant. Alors que le gouvernement s’apprête à décréter le confinement pour éviter la propagation du covid-19, l’enquête sur la mort de la jeune fille est relancée sous la houlette de Nash, qui fait assez vite le lien avec l’objet de ses recherches en remontant le fil des violences de genre. Grâce à des personnages féminins au caractère bien trempé, une atmosphère de sororité s’installe, propice à la maïeutique policière. Si le récit est ancré dans ce territoire de Navarre marqué d’une part par la guerre civile et la dictature franquiste, d’autre part par son syncrétisme païen et catholique, il ne s’y enlise pas pour autant mais évolue au milieu d’habitants tenus en respect par les superstitions et d’individus ayant fait le choix de l’exode, le tout dans une dynamique d’ouverture. L’histoire est addictive, narrée sans temps mort mais avec profondeur et nuances, et Dolores Redondo retrouve ses fans de la première heure avec force clins d’œil hypotextuels tout en accueillant avec chaleur les nouveaux lecteurs qui viennent grossir la foule de ses inconditionnels.

Aline Sirba

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