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« Terres minuscules », Catarina Gomes

La journaliste portugaise Catarina Gomes fait une entrée distinguée en littérature avec ce roman remarquable où l’intrigue déploie les aspects complexes du retour à la terre et du rapport des individus au territoire rural, véritable sujet culturel, historique et géographique, notamment dans la péninsule ibérique.

Claudia a dix-huit ans lorsque ses parents meurent dans un accident de voiture en revenant de leur village natal qu’ils avaient quitté pour une vie urbaine. Tous les étés cependant, la famille retournait à Arrô, où la fillette s’ennuyait ferme chez sa grand-mère toute de noir vêtue et qu’elle a toujours connue veuve. A la fin des vacances, elle se souvient que la voiture ployait sous les sacs de pommes de terre rapportés : assez pour tenir toute une année et même davantage. Après la mort de ses parents, Claudia, devenue décoratrice d’intérieure dans une ville qu’elle ne quitterait pour rien au monde, a presque oublié le village, ayant été élevée par un père et une mère soucieux de gommer tout signe d’appartenance à cet univers paysan. Or, vingt ans plus tard, elle reçoit un courrier l’informant qu’un grand-oncle d’Amérique lui a légué quatre modestes parcelles à Arrô ! Son petit monde réglé et ordonné en est dérangé, d’autant qu’elle n’éprouve que du dédain pour ce legs, et veut seulement s’en débarrasser au plus vite ; mais, comme le lui dit le notaire : « héritière un jour, héritière toujours ». Au volant de sa citadine, elle se rend donc au village pour régler les formalités. Après tout ce temps, rien n’a changé et pourtant tout a changé : les rues désormais bitumées ont des plaques avec leur nom, le recyclage est obligatoire, l’église est devenue « romane », et un petit écomusée a même ouvert. Sur place, Claudia doit d’abord chercher une personne pour la guider vers ses quelques mètres carrés de terre (dont les noms de « prairie broussailleuse » ou de « bas-fond de la pointe » sont peu engageants) où elle ne s’attend pas à trouver un patrimoine familial autrement plus fondamental.

Le roman, habilement construit, passe subtilement de la surface des choses à leur caractère souterrain et originel, dans un mélange de tonalités nuancé, à la fois humoristique et mélancolique. Ce retour aux sources involontaire entraîne Claudia dans une enquête familiale, posant la question de la transmission entre générations. Adepte de l’ordre et de l’équilibre, notre héroïne attachante, pince-sans-rire et pleine d’autodérision, déterrera un secret dissimulé par une tonne de pommes de terre et une bonne couche de silence.

Aline Sirba

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